(Actualisé avec témoignages)
par Steven Scheer
Israël a commémoré mercredi les attaques du Hamas survenues sur son territoire le 7 octobre 2023, le jour le plus meurtrier de son histoire dont le souvenir pèse sur la campagne des élections législatives prévues dans moins de trois semaines.
Il y a trois ans, des commandos du Mouvement de résistance islamique infiltrés au petit matin dans le sud d'Israël tuaient 1.200 Israéliens dont de nombreux civils et prenaient 251 personnes en otage. L'Etat hébreu, annonçant vouloir "éradiquer" le groupe armé, déclenchait en représailles une vaste offensive militaire qui a en grande partie détruit la bande de Gaza et coûté la vie à plus de 74.000 Palestiniens, y compris nombre de civils, selon les chiffres des autorités de santé gazaouies, jugés fiables par les Nations unies.
Mercredi matin, des proches des victimes ont observé un moment de recueillement sur le site du festival de musique électronique Nova, où 348 jeunes gens avaient été exécutés par les activistes du Hamas.
A Kfar Aza, un kibboutz situé à quelques kilomètres de la bande de Gaza, où 64 personnes ont péri et 19 autres ont été enlevées, les habitants se sont également réunis en silence.
Zion Regev, l'un des représentants de la communauté, a déclaré que la plupart des résidents n'avaient pas encore réintégré leurs foyers, le traumatisme du 7-Octobre continuant de hanter leur mémoire.
"C'est la première fois que nous faisons ça dans le kibboutz. C'est une journée très éprouvante", a-t-il dit à propos de la cérémonie, pendant laquelle un habitant a lu à haute voix les noms de chacune des victimes.
Un autre rassemblement est prévu dans la soirée sur la place des Otages à Tel Aviv. Pour la première fois, les Israéliens commémorent l'événement sans otage, mort ou vivant, encore aux mains du groupe palestinien. La dépouille du dernier otage israélien a été récupérée en janvier dernier.
POUR OU CONTRE NETANYAHU
Pour la première fois aussi depuis le 7-Octobre, les Israéliens s'apprêtent à voter pour renouveler leur Parlement, un scrutin qui se résume pour beaucoup à un vote pour ou contre Benjamin Netanyahu.
Maintes fois mis en cause pour sa réponse aux attaques et à la crise des otages, le Premier ministre conservateur, au pouvoir quasiment sans interruption depuis 2009, a toujours refusé d'endosser la moindre responsabilité vis-à-vis des failles de sécurité et résisté à l'ouverture d'une enquête indépendante, ce que lui reprochent de nombreux Israéliens, notamment des proches des victimes du 7-Octobre, dont certains ont choisi de briguer un siège d'élu.
A Jérusalem devant le Parlement, ou ailleurs dans le pays, des manifestants ont exprimé leur colère envers le Premier ministre, l'accusant notamment de ne pas avoir mis en place une commission d'enquête sur les événements.
"Le peuple se souviendra du 7-Octobre le 27 octobre", pouvait-on lire sur la banderole d'un manifestant, par allusion à la date des prochaines législatives.
"Nous avons besoin de changement et d'espoir, et nous avons besoin de savoir que nous avons un gouvernement qui se soucie de la population et qui ne travaille pas uniquement pour son propre intérêt", a déclaré un protestataire, Shaked Arrad.
Selon un sondage réalisé par l'Israel Democracy Institute, 68% des juifs israéliens considèrent les événements du 7-Octobre comme un élément central de leur choix électoral à venir.
Les enquêtes d'opinion montrent pour l'instant que ni Benjamin Netanyahu ni ses principaux concurrents ne seraient en mesure de réunir suffisamment de sièges à la Knesset pour former une coalition gouvernementale.
UN CESSEZ-LE-FEU FRAGILE
Le troisième anniversaire du 7-Octobre est également le premier depuis la conclusion, le 10 octobre 2025, d'un cessez-le-feu sous l'égide des Etats-Unis qui a mis fin aux opérations militaires israéliennes les plus intenses dans la bande de Gaza.
L'armée israélienne mène cependant régulièrement encore des frappes, qui ont entraîné la mort de 1.400 Palestiniens en un an, et l'accord de trêve a figé les positions sans faire avancer les phases suivantes, portant notamment sur le désarmement du Hamas ou la reconstruction de l'enclave.
Selon les autorités de santé du territoire, au moins deux Palestiniens ont été tués mercredi lors de raids aériens menés par Israël à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, et à Khan Younès dans le sud.
Le cessez-le-feu prévoyait qu'Israël contrôlerait 53% du territoire côtier, il en contrôle aujourd'hui environ les deux tiers, le Hamas ayant la main sur le tiers restant, où vivent environ 2 millions de personnes, sous des tentes ou dans des bâtiments bombardés.
"Nous étions une famille heureuse. La guerre nous a déplacés. Mon fils a quitté Gaza, les autres vivent dans une autre tente, mes filles sont parties avec leurs maris et nous nous rencontrons rarement", explique Umm Mohammad, mère de cinq enfants qui a fui la ville de Gaza et vit désormais avec son mari dans un campement à Deir Al-Balah.
Ce jour du 7 octobre, ajoute-t-elle, "nous rappelle comme nous étions heureux, malgré tous les problèmes, avant que la guerre éclate, détruisant tout ce que nous aimions".
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française)

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